Hier matin, Le Monde a publié une tribune signée Olivier Brusson, président d'une association de parents d'élèves et chargé de cours à l'Université catholique de Lille. Le titre tient en une phrase : « L'école doit former des esprits capables de comprendre, pas seulement d'obéir. »

Cette phrase nous parle directement. Elle décrit, presque mot pour mot, ce qui nous a poussés à fonder Le Launch Lab.

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Ce que la tribune dit, en quelques lignes

Olivier Brusson part d'une observation simple. Le débat scolaire français tourne en boucle autour des programmes, des niveaux, des méthodes d'évaluation. Une question, pourtant centrale, reste largement ignorée : les enseignants connaissent-ils vraiment les élèves à qui ils enseignent ?

Pas leurs notes. Pas leur comportement en cours. Ce qu'ils sont, vraiment, derrière l'image qu'ils donnent.

Brusson rappelle que la loi est claire. L'article L111-2 du code de l'éducation impose à l'école de favoriser l'épanouissement de l'enfant et de respecter sa personnalité. Pourtant, écrit-il, « l'école apparaît encore d'abord comme un lieu de notation et de formatage ».

La conclusion de la tribune tient en une formule. Une autorité fondée sur la connaissance de l'élève est acceptée par compréhension. Une autorité sans relation est subie. C'est cela que l'école doit viser : former des esprits capables de comprendre, pas seulement d'obéir.

Pourquoi le constat ne s'arrête pas au lycée

Olivier Brusson écrit depuis le terrain du primaire et du secondaire. Mais le constat qu'il dresse, à nos yeux, devient encore plus net après le bac.

Au lycée, le formatage est diffus. À 17 ans, sur Parcoursup, il prend une forme brutale.

Le jeune doit cocher des cases. Il doit produire un projet de motivation calibré pour un algorithme. Il doit choisir, en quelques semaines, une voie qui engagera trois à cinq ans de sa vie. Et tout ce dispositif repose sur un implicite : il devrait, à 17 ans, savoir qui il est.

Or, comme le rappelle Brusson en citant Janusz Korczak, « il n'y a pas d'enfants, il y a des êtres humains ». À 17 ans, ces êtres humains se cherchent encore. Ce que Parcoursup leur demande, c'est de répondre à une question qu'ils ne se sont pas encore posée.

Beaucoup choisissent par défaut. Une étude de l'INSEE publiée en 2023 montre que 27 % des étudiants en première année de licence se réorientent ou abandonnent dans l'année. Dans certaines filières, ce taux dépasse 50 %. Ce n'est pas un échec individuel. C'est le résultat d'un système qui mesure tout sauf la personne.

Trois auteurs que la tribune convoque, et pourquoi ils comptent ici

La tribune cite trois penseurs. Chacun d'eux résonne avec ce que nous essayons de construire.

Montaigne, et la tête bien faite. « Mieux vaut une tête bien faite qu'une tête bien pleine. » Dans les Essais, l'idée est claire : remplir un esprit ne sert à rien si ce remplissage écrase la capacité à penser par soi-même. Le post-bac français privilégie souvent le remplissage. La prépa scientifique, par exemple, demande à un jeune de 18 ans de mémoriser un volume considérable en deux ans, sans pause, sans projet personnel, sans miroir extérieur. Pour certains profils, cela fait des têtes bien faites. Pour beaucoup d'autres, cela fabrique des têtes essorées.

Korczak, et l'être humain déjà digne d'attention. Le pédiatre polonais écrivait en 1928 : « il n'y a pas plus de hiérarchie au niveau de l'âge qu'à celui des sentiments. » Quand nous nous adressons à des jeunes de 18 à 22 ans, cette phrase devient une boussole. Notre rôle n'est pas de leur enseigner à devenir adultes. Notre rôle est de les rencontrer comme adultes en construction, avec ce qu'ils savent déjà, ce qu'ils pressentent, ce qu'ils ne savent pas encore nommer.

Camus, et le risque de mal nommer. « Mal nommer un objet, c'est ajouter au malheur du monde. » Dans le contexte de l'orientation, mal nommer un jeune « profil moyen », « incertain », « peu motivé », peut suffire à le figer. Beaucoup de parents qui nous écrivent racontent la même histoire : un enseignant a posé un mot sur leur enfant à 16 ans, et ce mot est resté collé comme une étiquette administrative.

Ce que cela change pour Le Launch Lab

Nous lisons cette tribune comme une confirmation. Pas une caution, plutôt une boussole.

Voici ce que cela donne, concrètement, dans notre fonctionnement.

Petit groupe de 30 élèves, pas plus. Le chiffre n'est pas marketing. Il vient d'une contrainte simple : au-delà de 30, l'équipe pédagogique cesse de pouvoir nommer chaque jeune par ses qualités réelles, et la personne disparaît derrière le numéro de promo.

Entretien individuel d'entrée, sans dossier scolaire. Nous ne demandons pas les bulletins de Première. Nous voulons savoir ce qui anime le jeune, ce qu'il a déjà tenté, ce qui le bloque. Le bulletin nous renseigne sur le système qu'il a traversé. Pas sur la personne qu'il est.

Le projet entrepreneurial comme miroir. Construire une entreprise pendant neuf mois, en binôme, avec de vrais clients, pousse un jeune à se rencontrer lui-même. Il découvre ce qu'il aime faire à 22 heures, ce qu'il déteste, ce qu'il est capable de tenir, ce qui lui fait peur. Aucun examen ne produit cette information. Le réel, oui.

Mentorat individuel mensuel. Chaque élève est suivi par un adulte qui n'a pas le pouvoir de le noter. Cette dissymétrie change tout. La parole circule autrement. Le jeune ose dire ce qu'il ne dirait pas devant un évaluateur.

Pas de classement. Nous ne classons pas nos élèves entre eux. Le classement, en formation entrepreneuriale, est une absurdité : deux projets ne se comparent pas, parce qu'ils ne poursuivent pas le même but. Notre rôle est d'aider chaque jeune à progresser sur sa propre trajectoire, pas à battre le voisin.

Ce que la tribune ne dit pas, et que nous voulons ajouter

Olivier Brusson écrit pour les enseignants et les familles du système classique. Il ne nous appartient pas de juger ce système, où des milliers d'enseignants exceptionnels font tenir l'édifice à bout de bras.

Mais nous voulons ajouter une chose. Pour certains jeunes, il existe une autre voie possible après le bac. Pas meilleure. Différente. Une voie où la rencontre humaine n'est pas une option pédagogique. C'est l'architecture même du dispositif.

Le Launch Lab n'a pas vocation à remplacer la prépa, l'université, l'école de commerce. Il existe pour les profils qui n'y trouvent pas leur place. Les créatifs, les sensibles, les concrets, ceux et celles qui ont déjà la fibre entrepreneuriale, les indécis profonds. Pour eux, neuf mois passés à construire quelque chose de vrai, en étant connus et reconnus, peuvent valoir plus que cinq ans dans une filière qui les efface.

Si la tribune vous a parlé, parlons

Si vous avez lu cette tribune dans Le Monde et que vous l'avez ressentie comme une phrase posée sur quelque chose que vous portez sans pouvoir le dire, écrivez-nous.

Nous proposons cet été un format court, le Summer Lab, cinq jours à Paris fin juin 2026, pour les jeunes de 17 à 22 ans qui veulent tester ce que veut dire construire un projet à soi. Douze places.

Nous proposons aussi un échange découverte par téléphone, sans engagement, pour les parents qui veulent comprendre comment notre programme de neuf mois s'articule avec une éventuelle reprise d'études classiques après. Vous pouvez nous écrire à contact@lelaunchlab.fr ou découvrir notre programme complet.

Olivier Brusson termine sa tribune par une phrase que nous reprenons à notre compte. « Enseigner, ce n'est pas seulement transmettre un savoir. C'est aussi, et peut-être d'abord, rencontrer quelqu'un. »

C'est de cette rencontre, et d'elle seule, que tout le reste découle.